Une saison au thon

Maudits thons, c’est le sentiment qui a prédominé ces deux dernières années. A l’automne 2014, nous commencions tout juste et notre ancien bateau nous a limité dans cette chasse, même si nous l’avions poussé dans ses retranchements, jusqu’à faire une voie d’eau ! Malgré tout nous avions eu de belles émotions, des touches, des décrochés mais pas de thon au bateau, il fallait changer de monture si nous voulions persévérer dans cette pêche et obtenir quelques résultats.
Ce fut chose faite fin 2014, et l’automne 2015 s’annonçait sous les meilleurs auspices, sauf que… les thons n’ont pas été beaucoup présents, ce qui m’a été confirmé par pas mal de locaux sur les différents spots, même si avec les réseaux sociaux on a toujours l’impression qu’il se fait du poisson, oui forcément il y a toujours un gars qui pique quelque chose par ci par là, un peu comme les poutres du Léman. Et toujours ce petit manque de réussite avec, malgré ces conditions difficiles, quelques touches et décrochés qui font osciller entre espoir et dépit.

Bref grosse pression pour le capitaine en cette année 2016, qui si elle a bien commencé avec les bonites et pélas, a intérêt à finir quand même sur plus gros !
Mais quand va-t-on les trouver ? jusqu’à ce jour ils se font bien discrets, sortie au Cap sur une mer calme, ça change… sur les conseils de Mickaël nous fonçons dans les 90 m, en fait on aperçoit une chasse au loin, nous nous posons mais rien ne se passe. En fait si une grosse chasse a éclaté dans notre dos et en plein soleil, du coup nous l’entendons plus que nous la voyons. « ça tient » et il y a plusieurs dizaines de poissons, nous nous approchons avec le sentiment que ça y est ça va le faire c’est LA chasse que nous attendons depuis deux saisons. Le genre de chasse qui ressemble à ça :

Et pour une fois c’est tout simple, Mymy lance et elle est attelée directe, what else ? RHHHHHHHHHHAAAAAAAAAA je tremble de tout mon corps, plein d’adrénaline et aussi méga stressé de perdre le poisson, on croit toujours qu’on ne va jamais en amener un au bateau !!

Ben en fait si, après quelques relais et un bon 1/4 d’heure de combat le voilà au bateau,

quelques manipulations dans l’eau, photos (on en le monte pas à bord, ça ne servirait qu’à le blesser) et décrochage ça y est on exulte c’est fait.

Grosse grosse sensation et gros bonheur d’avoir enfin réussi à venir à bout d’une de ces bestioles, et quel plaisir d’avoir partagé ça ensemble 🙂

Plus de pression, tout va bien, on passera encore dans 2 ou 3 belles chasses avec des tapes mais rien de concret, tandis que Mickaël sur son bateau manquera un espadon au popper et cassera un gros thon.

Du coup la suite du we est envisagée sereinement, le lendemain c’est à Martigues dans de jolis creux que nous pêchons les bonites puis les thons qui viennent les défoncer.


Il y a en général une demi-douzaine de jolis thons (+ 50 kgs) qui tournent autours des bonites et viennent souvent les piquer au bout de nos lignes… la journée est physiquement difficile du fait de la mer, Mymy est malade mais on s’accroche car c’est un festival de chasses continues et gigantesques, tandis que les thons maraudent toujours. On passe sur les cannes à thon sans trop de succès, du coup je monte un gros stickshad couleur bonite et sur une anim’ en surface il se fait éclater dans une énorme explosion digne d’une carangue (je l’ai encore devant les yeux). Je suis aux prises avec un bloc qui va hélas écourter le combat au bout de quelques minutes, bas de ligne explosé sur un rush, frein un peu dur, ligne une peu fine ! Mais quelle émotion !
Nous continuons à tenter les thons que l’on voit surfer par transparence dans le creux des vagues comme des dauphins, c’est irréel. Très difficile aussi avec la houle, le vent, et leur petit nombre vue la stratégie de chasse. C’est au tour de Myriam de se faire violemment atteler à proximité du bateau, elle est plaquée contre le plat bord, et elle s’accroche à la canne comme elle peut, c’est violent, le poisson doit faire à peu près son poids.
« Donne la canne », en fait elle ne peut pas vue qu’elle a déjà bien du mal à l’empêcher de toucher le bord du bateau… Je prends le relais tant bien que mal et c’est parti pour un énorme rush, « suis le au moteur ! », elle y arrive comme elle peut dans cette mer démontée, je m’accroche comme je peux mais le moulin se vide, se vide, il faut tenter quelque chose, je serre le frein et bim ! bas de ligne explosé à nouveau, difficile de faire mieux et dans ces conditions je me dis qu’un combat long aurait été une très grosse galère en fait.
La journée n’est pas finie, ça continue à chasser, mais nous sommes épuisés moralement et physiquement. J’essaye de lancer correctement tandis que Myriam pilote, mais on n’y arrive plus, je suis rincé, quelques bonites et on rentre, quelle journée, quelles sensations !

Retour 15 jours plus tard, Nass et Alex sont dans le coin, on décide de se tenir au courant sur différentes zones. Pas de thons ce matin mais des maquereaux et des bonites un peu pénibles, on s’amuse bien. Mais je suis pas tranquille, Nass répond plus au téléphone ! Et pour cause, ils sont pendus à un steak depuis 30 mn au milieu de chasses énormes, go go go on part à fond les rejoindre à une 15aines de kms de là !
Arrivés sur place ils sont toujours pendus et la grosse chasse est là, on s’approche comme il faut et nous voilà au milieu d’une trentaine de blocs qui ne veulent pas de nos leurres, on les sent toucher la tresse, ils passent à quelques mètres du bateau, des tapes mais rien de piqué c’est pas possible ! quelle pêche de fous. Nos compères passeront 1h30 attelés avant de décrocher, c’était la dernière chasse de la journée 🙁

Le lendemain retour sur zone, les poissons sont là de bon matin mais avec des chasses furtives, c’est compliqué et un guide bien connu fonce comme une balle sur les poissons qui du coup disparaissent sans que l’on puisse lancer,  je suis perplexe.
Nous décidons de rester sur place et d’attendre que les quelques poissons actifs ressortent, tandis que j’ai monté un popper pour essayer de les faire réagir. Cela fonctionne un peu puisque j’aurai droit à 2 ou 3 « coups de nez » jusqu’à ce qu’un bloc de 50 kgs, à 15 m du bateau, le gobe complètement dans un saut magnifique et sonde à l’aplomb. Je suis cramponné à ma canne en attendant la prise de contact, un ange passe sur le bateau, et mon popper remonte des profondeurs, il a été recraché sans que le poisson ne se pique. Je tremble de partout, traumatisé !!!
La journée passe, les petites chasses sont bien régulières mais difficile, nous partons plus au large, bonne idée, une vraie belle chasse qui tient, comme souvent dans ces moments nous sentons confusément qu’il va se passer quelques chose ! Rien sur la première, c’est pas possible, nous n’en aurons pas dix vue l’activité de la journée. Sur la deuxième nous arrivons tranquillement et c’est encore Mymy qui se fait atteler sur son premier lancer YESSS !!


Un joli combat, on souffre mais le poisson finit par monter, ça c’est fait !

Et ce WE avec Jéjé, le samedi sur les bonites et petits thons, à l’abri de la houle, puis ce dimanche incroyable. 4°C au réveil, ça pique !
Personne sur l’eau avec ce mistral bien frais et cette petite houle pénible typique de la Med !
Rapidement nous voyons des chasses plutôt prometteuse, pas la folie non plus mais ça commence bien. Jéjé est chaud bouillant, il a droit à 2-3touches et puis c’est pendu, ça fait à peine une heure qu’on pêche, incroyable. Rush et cassé ! En fait le nouveau nœud que j’ai essayé a glissé, je suis furax, au fond du trou, on a trop souvent une seule occasion par jour et on y vient de la vendanger à cause de mon bricolage. Cette pêche ne supporte pas l’à peu près, on l’aime pour ça mais perdre un poisson de cette façon, je suis vert de rage 🙁
Jéjé avec sa bonne humeur habituelle me garantit que ça ne fait que commencer, qu’on aura plein de touches, tout ça. Bien sûr oui, c’est sa première fois, il touche un poisson vite fait et il croit qu’on va en toucher d’autres ? ça tombe dans 10 mn les chasses sont finies pour la journée !
Ben en fait non, la mer se calme de plus en plus et les chasses ne font que s’intensifier. Et c’est reparti pour Jéjé qui pique un nouveau poisson (je suis légèrement fébrile, mais j’ai refait mes anciens nœuds), et ça tient ! C’est l’occasion pour lui de se rendre compte de la puissance de ces poissons du diable !

Un vingtaine de minutes plus tard, nous retirons le simple de la gueule du poisson et il retourne nager avec ses copains.

Ouf la journée est gagnée !
Les chasses continuent, Jéjé est à nouveau attelé et se fait ouvrir l’hameçon sur un gros rush, incroyable. Quand à moi j’ai des touches mais rien de concrétisé !
On affine les trajectoires, le choix des leurres, les poissons sont supers actifs, sous un ciel un peu plombé, ambiance assez irréelle avec ces dizaines de thons qui chassent autours de nous, pas une minute de répit !
Et ça enchaîne les touches et les poissons piqués, la journée est juste incroyable, le plus gros poisson fait dans les 50 kgs, on y passe 45 mn, le temps commençait à devenir long, d’autant qu’on y a mis tout notre cœur.

Même pas besoin de suivre les poissons ils sortent souvent à portée de lancer, quel spectacle encore une fois, quel pied !


Au total nous amènerons 7 poissons entre 30 et 50 kgs au bateau, à cela on peut ajouter des touches, des décrochés, c’est un peu hébétés que nous rentrons à la nuit noire, aujourd’hui nous étions sur une autre planète, nous sommes fracassés, c’est la première fois que nous dépassons nos limites physiques à la pêche.


On en redemande.

Et ce dernier We qui a failli être celui de trop, un premier jour qui commence mal avec une panne de batterie et une fuite d’huile, malgré tout nous serons sur l’eau vers 10 heures c’est pas si mal. Journée assez calme qui finit sur quelques jolies pélamides, puis le lendemain c’est à nouveau la traque des thons. Pas grand chose à signaler c’est bien plus calme mais les poissons sont là, je me ferai quand même arracher la canne des mains sur la seule touche du jour mais hélas le poisson ne s’est pas piqué.
Mon bateau est bizarre, il réagit mal, les flaps déconnent, je suis pas tranquille. Dans l’après-midi le moteur ne prend plus ses tours, nous sommes à 18 nœuds à fond au lieu de 35, je décide de rentrer. On est à 20 bornes du port, j’ai peur de tomber en rade d’essence vue notre surconsommation et il va falloir passer la barre du Rhône avec de l’eau dans la coque et un bateau qui manœuvre très moyennement. Je fais pas le malin et les passagers rigolent moins quand je leur demande de mettre les gilets de sauvetage.
Heureusement nous arrivons quand même à bon port, ouf !! Une sombre histoire de pompe de cale et de petites fuites nous a amenés à embarquer au fil des heures environ 200 L d’eau…
Cette sortie un peu foireuse annonce la fin de saison, il y a du matos à réviser !

Bizarrement je n’ai pas réussi à me motiver pour aller pêcher le sandre, on va attendre le printemps pour reprendre la pêche après cet automne de rêve.

Le camion de Jéjé, le soir au bivouac 🙂

 

2 commentaires.

  1. T’as pensé à la presse halieutique?
    T’es trop balaise comme guide. Sur les deux sorties, nous sommes vraiment passés par toutes les émotions:
    Du Nirvana à la plus grande peur. Parce que j’ai beau être optimiste à la pêche, « j’y voyais pas beau » pour rentré.

    Merci encore

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